Loin des attroupements anarchiques des débuts, le défilé de samedi était encadré par des véhicules de police et structuré de manière classique avec un cordon de tête, un parcours préétabli et un service d’ordre.

Par Christophe Ayad et Nicolas ChapuisPublié aujourd’hui à 06h36

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La manifestation parisienne, « acte X » des « gilets jaunes » place des Invalides à Paris, le 19 janvier.
La manifestation parisienne, « acte X » des « gilets jaunes » place des Invalides à Paris, le 19 janvier. ERIC FEFERBERG / AFP

« C’est trop calme », regrette presque Christophe, 48 ans, venu depuis Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), pour participer à la manifestation hebdomadaire des « gilets jaunes », samedi 19 janvier, à Paris. Et pour cause, cet « acte X » a davantage ressemblé à un défilé syndical traditionnel qu’aux attroupements anarchiques des débuts.

Encadré à l’avant et à l’arrière par des véhicules de police, le cortège était structuré de manière classique avec un cordon de tête, un parcours préétabli et un service d’ordre. A l’avant, une voiture au coffre ouvert diffuse Hexagone de Renaud. Ne manquaient que les drapeaux syndicaux et un peu de soleil pour que la ressemblance avec un 1er -Mai soit flagrante. Les syndicats, justement : à l’angle du boulevard Raspail, un grand gaillard bloque l’accès au cortège à un petit groupe de manifestants estampillés CGT. « Rangez vos drapeaux si vous voulez venir avec nous », leur intime-t-il. « La CGT vous avez rien fait depuis quarante ans et en plus vous avez appelé à voter Macron », lance un autre.

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Des membres du service d’ordre durant la marche parisienne des « gilets jaunes » du 19 janvier.
Des membres du service d’ordre durant la marche parisienne des « gilets jaunes » du 19 janvier. KAMIL ZIHNIOGLU / AP

La longueur du parcours, qui avait fait l’objet d’une demande d’autorisation en préfecture, et l’allure du cortège avaient aussi de quoi dérouter les habitués des traditionnelles marches syndicales : de l’esplanade des Invalides à la place d’Italie puis retour au point de départ, soit près de quinze kilomètres parcourus en trois heures et demie. Le froid n’a pas découragé les manifestants, à peu près aussi nombreux que la semaine précédente : ils étaient 7 000, selon le ministère de l’intérieur.

Autre différence notable avec une manifestation classique, l’absence de slogan unifié, chacun chantant ou criant ce qu’il lui plaît, avec parfois, de longues plages de silence : Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, sont les principaux visés ; mais aussi Alexandre Benalla, à qui l’on reproche d’être en liberté alors que des « gilets jaunes » sont en prison, ainsi que Brigitte Macron, devenue aux yeux de nombreux manifestants une Marie-Antoinette de film X…

Un « gilet jaune » brandit une mosaïque faite d’image de manifestant blessés depuis le début du mouvement et représentant le ministre de l’intérieur Christophe Castaner, à Paris, le 19 janvier.
Un « gilet jaune » brandit une mosaïque faite d’image de manifestant blessés depuis le début du mouvement et représentant le ministre de l’intérieur Christophe Castaner, à Paris, le 19 janvier. ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

Rhétorique antimigrants

Les panneaux, souvent écrits à la main, reprenaient les principales revendications du mouvement : hausse du pouvoir d’achat et baisse des taxes, instauration du « RIC » (référendum d’initiative citoyenne) sans limite, moralisation du train de vie des élus.

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