A Paris, les masques gratuits promis par Anne Hidalgo vont finir par arriver – Le Monde

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Promis, cette fois-ci, ils arrivent vraiment. Les millions de masques en tissu dont Anne Hidalgo a annoncé depuis le début d’avril la prochaine distribution gratuite aux Parisiens devraient enfin faire leur apparition à partir du 11 mai, a déclaré la maire socialiste de Paris mardi 5 mai. Une mesure importante pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, et éviter une deuxième vague à la sortie du confinement. Mais elle intervient avec plusieurs semaines de retard, et ne fait pas taire les critiques.

En réalité, deux types de masques vont être distribués, selon deux circuits différents. La Mairie a d’une part commandé des masques en tissu réutilisables. Ils peuvent être lavés une vingtaine de fois, et reviennent de l’ordre de 2 à 3 euros pièce, en intégrant l’emballage, la notice, et la logistique. « Quelque 500 000 de ces masques seront disponibles dans la première semaine du déconfinement, puis 350 000 nouveaux chaque semaine », promet Jean-François Martins, l’adjoint chargé du dossier à l’Hôtel de Ville.

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Ces équipements destinés au grand public seront distribués gratuitement par les pharmacies. Un réseau qui compte 906 points de vente à Paris, et a paru particulièrement adapté : les pharmaciens pourront ainsi fournir des conseils d’utilisation. Tous les Parisiens pourront en principe en avoir un, mais seulement après réservation sur le site de la ville (Paris.fr), et en échange du bon de retrait ainsi obtenu. Les inscriptions seront ouvertes à partir du 11 mai. Objectif : veiller à ce que les officines ne soient pas prises d’assaut dès le premier jour, alors qu’elles n’auront pas d’emblée les stocks nécessaires pour faire face à la demande. « Les livraisons se succéderont jusqu’au 8 juin dans les officines », a précisé Anne Hidalgo au Parisien.

Coût « très raisonnable »

La Mairie a d’autre part acheté des masques en tissu à usage unique. « Ils sont plus faciles à obtenir, et moins chers », explique Jean-François Martins. Ils coûtent à la Ville environ 18 centimes pièce. Deux lots, comptant au total 500 000 exemplaires, doivent arriver d’ici à la fin de la semaine. Ils seront remis aux mairies des vingt arrondissements. A charge pour elles d’aller les donner aux personnes les plus vulnérables, dans les maisons de retraite, les associations d’aide au plus démunis, etc. « Cela va nous aider à passer le mur de la première semaine de confinement », estime Jean-François Martins.

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Coût total de cette opération pour le budget de Paris : cinq à six millions d’euros. « C’est très raisonnable, commente l’adjoint. Nous achetons ces masques à des prix bien inférieurs à ceux du marché. »

L’arrivée désormais imminente des masques va-t-elle éteindre la polémique ? Pas sûr, tant l’attente a été importante. Le 7 avril, la maire de Paris avait fait une annonce à même de rassurer tous ceux qui ne savent pas comment coudre : « deux millions de masques réutilisables en tissu vont être offerts aux Parisiens », avait déclaré Anne Hidalgo sur Franceinfo. Soit à peu près un par habitant ! Une aubaine pour les Parisiens, alors que les élus commençaient à évoquer l’obligation de porter un masque dans les rues et les transports en commun. Les premiers devaient être livrés « dans les prochains jours », avait alors précisé la Mairie.

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En pratique, toutefois, les masques évoqués ne sont pas arrivés tout de suite. Le 19 avril, Anne Hidalgo a confirmé avoir commandé 2 millions de masques en tissu. Dans Le Journal du dimanche, elle a pris un double engagement : « les 500 000 premiers masques seront disponibles à la fin avril », et « à la mi-mai, tous les Parisiens pourront être équipés ».

Mais la fin avril est passée sans que les premiers masques n’arrivent. Principale adversaire d’Anne Hidalgo dans la course à la Mairie de Paris, l’ancienne ministre (Les Républicains) Rachida Dati n’a pas manqué de souligner ce rendez-vous manqué. « Anne Hidalgo avait promis 500 000 masques aux Parisiens pour le 30 avril. Où sont-ils ?, a-t-elle lancé lundi 4 mai sur Franceinfo. Nous n’avons rien reçu. Nous n’avons aucune information. »

« La grande illusion ! »

Aujourd’hui, la Mairie admet qu’il y a eu du retard par rapport aux promesses. Elle le met en partie sur le compte de ses fournisseurs, qui ont dû avancer à marche forcée. « Nous avons choisi de faire travailler des fabricants parisiens et français, pour les soutenir durant cette période difficile, et cela a représenté une contrainte supplémentaire », explique Jean-François Martins. Le marché a été réparti entre quatre groupes de fournisseurs : la société francilienne Coco & Rico pour l’essentiel (1,5 million de masques), ainsi que le réseau Résilience et l’entreprise Boldoduc (200 000 chacun), et divers ateliers parisiens appartenant à l’économie sociale et solidaire (100 000 masques).

« En fait, nous aurions pu commencer à distribuer une partie des stocks dès cette semaine, ajoute l’adjoint à la maire. Mais avant la fin officielle du confinement, cela risquait d’envoyer un mauvais signal. » Afin de ne pas inciter les Parisiens à relâcher leurs efforts avant le jour J, « nous avons préféré attendre le 11 mai pour entamer la diffusion des masques ».

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Cette distribution tardive et très progressive est déjà critiquée. « Ces masques, c’est la grande illusion !, juge Patrick Trémège, le président des élus macronistes de droite au Conseil de Paris. Les derniers les auront quand les premiers en auront besoin de nouveau. »

A gauche, les écologistes en demandent eux aussi davantage. « Cela reste très insuffisant par rapport aux besoins : un masque en tissu doit être lavé après quatre heures d’utilisation, souligne dans un communiqué David Belliard, le candidat EELV à la Mairie de Paris. Pour permettre un déconfinement en toute sécurité et en toute égalité, le gouvernement doit assurer la gratuité des masques pour tous et toutes. » La tête de liste de La France insoumise, Danielle Simonnet, est sur la même longueur d’ondes. Elle réclame « la gratuité des masques de protection, et la réquisition des stocks amassés par la grande distribution afin de les distribuer gratuitement ». Message transmis au gouvernement.

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