Advertisements

A Hénin-Beaumont, Marine Le Pen fait sa rentrée avec les municipales dans le viseur – Le Monde

Spread the love
La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, le 8 septembre à Hénin-Beaumont.

Une rentrée nationale dans une vitrine locale. Marine Le Pen a profité de la traditionnelle braderie d’Hénin-Beaumont, dimanche 8 septembre, pour sortir de sa discrétion estivale.

Au cœur de sa circonscription du bassin minier du Pas-de-Calais, là même où elle a forgé son image politique et cette ligne « ni droite ni gauche » qui agace tant les partisans de l’union des droites au sein de son propre parti, Marine Le Pen a récité sans grand-peine ses gammes de patronne du Rassemblement national (RN).

« Nous sommes en train de nous mettre en ordre de bataille », a-t-elle lâché dans un premier bain de foule médiatique, à six mois des élections municipales. Entre bises et selfies, baraques à frites et jeux de chamboule-tout, la capitaine de l’extrême droite française a déroulé, imperturbable, la quasi-totalité des sujets de la rentrée politique avec un unique ennemi déclaré : Emmanuel Macron. « Le président des inégalités (…) qui veut régner sur une jungle où seuls les plus forts s’en sortent » et dont la « méthode de déconstruction » passe par « le » chantier social de la deuxième partie du quinquennat : la réforme des retraites.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Municipales à Paris : le RN doit choisir entre ouverture ou empreinte du parti

Briques et drapeaux

Ici où le taux de chômage frôle les 20 % et le vote frontiste les 56 % aux élections européennes de mai, Marine le Pen est donc venue asséner, en ce dimanche de vide-grenier, qu’elle seule et son parti incarneraient « l’alternative » à Emmanuel Macron. « L’alternative au déclassement, à la submersion et à l’effacement de la France », précise-t-elle aux militants venus boire son discours dans la cour d’une permanence faite de briques et de drapeaux.

Sans jamais le chiffrer, Marine Le Pen confirme viser un double objectif aux municipales de mars : conserver les villes empochées par l’ex-Front national en 2014, et en conquérir de nouvelles. « Beaucoup de petites villes et villages nous verront arriver », assure-t-elle déjà, y ajoutant quelques espoirs dans des communes plus importantes, notamment à Perpignan avec Louis Aliot.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La « désocialisation » des classes populaires, ce carburant du vote populiste

Aucun hasard, évidemment, dans ce lancement de campagne à Hénin-Beaumont, « en famille », aux côtés de Steeve Brois, le vice-président du mouvement lepéniste devenu maire de la ville. « Il y a de fortes chances pour que demain Hénin-Beaumont serve d’exemple. Nous n’avons eu de cesse d’augmenter les résultats du RN depuis 2014, cela peut donner des idées à d’autres aux alentours. L’objectif n’est plus d’être la seule ville, mais de devenir une tête de pont dans le Pas-de-Calais », avance-t-il fièrement devant « son » hôtel de ville. De fait, les scores du RN sont édifiants dans le bassin minier. Dans une dizaine de communes, le parti d’extrême droite a même dépassé les 50 % aux dernières européennes.

« Confusion »

Et si Marine Le Pen reste prudente en évoquant un scrutin aux « multiples inconnues », ses lieutenants escomptent bien faire tomber quelques dominos autour de leurs « vitrines ». « La vitrine, la vitrine… Nous ce qu’on voit, c’est surtout les ravages dans l’arrière-boutique », gronde Marine Tondelier, depuis le stand de l’opposition que la délégation Briois-Le Pen prend bien soin d’éviter. « S’ils ne passent jamais devant ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, c’est facile, ils font une campagne en pantoufle ! » La conseillère municipale écologiste est à l’initiative de la liste citoyenne « Osons pour Hénin-Beaumont » où se retrouvent des militants socialistes, écologistes, communistes, insoumis… Une union rare en ces temps d’atomisation de la vie politique française.

« Dans la majorité des cas, le RN sera servi par un certain degré de confusion où il pourra se faufiler », analyse d’ailleurs Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Marine Le Pen ne s’en est pas privé, dénonçant dès ce dimanche « la valse des étiquettes » : « Des socialistes deviennent Macron, des LR deviennent En marche… Nous, on veut être le socle autour duquel va s’organiser l’opposition à Macron », claironne-t-elle.

Car l’état-major du RN pense déjà au coup d’après, sans même s’en cacher. « Un parti politique est une écurie présidentielle, donc évidemment qu’on a des arrières pensées ! On n’est pas là pour aller cueillir des fleurs. Et dans le jeu d’échec, les municipales ne sont pas le roi », résume Philippe Olivier, conseiller politique de Marine Le Pen fraîchement élu député européen.

« Il n’y a pas de petite bataille »

Sera-t-elle à nouveau candidate en 2022 ? « On verra », balaye la première intéressée en avouant que la séquence territoriale à venir – élections municipales en 2020, départementales et régionales en 2021 – sera fondamentale avant la « grande élection ».

« Le cycle électoral est hyper important : la dernière fois, les européennes et les municipales avaient été la rampe de lancement de la présidentielle. Marine ne peut pas se permettre d’avoir des municipales en demi-teinte », souligne un cadre pour qui la candidate à la présidentielle de 2017 est déjà « en vitesse de croisière » vers la prochaine.

A Hénin-Beaumont, dans la petite cour réservée aux militants lepénistes, Marine Le Pen en a d’ailleurs profité pour compter ses troupes et les remobiliser sur fond d’« immigration incontrôlée » et d’« ensauvagement de la société ». « Les municipales seront l’occasion de placer la sécurité au cœur du débat public », a-t-elle ajouté, avant d’appeler chacun à s’inscrire sur les listes électorales et à se porter candidat aux municipales. « Il n’y a pas de petite bataille », conclut celle qui sait que son parti conserve une grande faiblesse : les forces militantes.

En 2014, l’ex-FN n’avait ainsi pas pu se présenter dans certaines communes du bassin minier où ses scores dépassaient pourtant les 45 % aux européennes de la même année, comme à Wingles ou Noyelles-Godault. « Mais attention, depuis, le RN a largement renforcé son implantation dans cette zone, » prévient Jérôme Fourquet. Et pas seulement ici. Le week-end prochain, le parti d’extrême droite organise son université d’été à Fréjus, une autre ville ravie par le RN qui pourrait bien servir de base à sa théorie de l’inondation dans un autre bassin, celui-ci méditerranéen.

Advertisements

Leave a Reply