A Cannes, Eric Zemmour puise aux sources du lepénisme – Le Monde

Eric Zemmour salue la foule lors de son meeting, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 22 janvier 2022.

Du chaudron de 4 300 supporters au Palais des Victoires de Cannes (Alpes-Maritimes), samedi 22 janvier, le slogan lepéniste « On est chez nous », peu à peu évanoui des meetings du Rassemblement national (RN), est monté plus d’une fois vers Eric Zemmour. Comme toujours les deux poings levés, le candidat d’extrême droite a arpenté la scène avec ses tout frais ralliés : Gilbert Collard, eurodéputé RN propulsé président d’honneur de Reconquête ! ; Jérôme Rivière, ex-chef de file de la délégation RN au Parlement européen devenu vice-président du parti ; Guillaume Peltier, ancien numéro deux de LR, même titre. Un casting destiné à illustrer son message clé dans les Alpes-Maritimes : l’appel à cette « union des droites » qu’il professe depuis des décennies – des électeurs du RN et ceux des Républicains, sans oublier les abstentionnistes – tous ceux, dit-il, qui « ont cru en Le Pen, Pasqua, Villiers ou Sarkozy ».

De gauche à droite : Philippe de Villiers, Eric Zemmour, Gilbert Collard et Guillaume Peltier, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 22 Janvier 2022.

Dans un jeu de miroir, Eric Zemmour a donc fait applaudir les électeurs du « Front national », des « frères », puis ceux des Républicains, « pris en otage par des politiciens centristes ». Il a critiqué la distinction entre « droite républicaine » et « une droite trop extrémiste », ce que ses partisans connaissent comme le « piège de François Mitterrand », avant d’exhorter à « abolir le cordon sanitaire ». Cette rhétorique n’est pas sans rappeler celle de Jean-Marie Le Pen, qui ne cessait en son temps d’exhorter à l’« unité des nationaux, des forces de droite », pour surmonter la politique du cordon de Jacques Chirac. En clin d’œil, Zemmour a salué son soutien Jacques Peyrat, l’ancien maire de Nice, qui avait rangé dans sa poche l’étiquette Front national en 1994 pour conquérir la mairie : « Vous incarniez déjà cette union de la droite que je porte aujourd’hui », a lancé dans le vide le candidat à l’adresse de l’ami et compagnon d’Indochine de Le Pen : attendu dans le carré VIP, Jacques Peyrat était finalement absent, mais l’équipe de campagne d’Eric Zemmour ne s’en est aperçue qu’après-coup.

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Ressusciter le programme frontiste des années 1980

Porté par ses deux heures de déambulation au marché provençal Forville, le matin même, première visite de campagne réussie au contact de la population conclue par un verre de vin rosé du domaine « Les Sources de la Marine », Eric Zemmour a loué la « chaleur tellement méditerranéenne » de son public, avant de prétendre donner une voix à « la France silencieuse » qui « n’a jamais la parole » mais qui sait dire « non à l’idéologie, au mensonge, au système ». Un discours antisystème dont il est toujours friand. Mais, ensuite, il a semblé ressusciter le programme frontiste des années 1980 davantage que son refrain nationaliste d’un « grand remplacement ».

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