A Beyrouth, « on a réparé les maisons mais on n’a pas réparé les gens » – Le Monde

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Publié aujourd’hui à 04h55

Dans quelques semaines, la confiserie Attié Frères de Gemmayzé, l’un des quartiers de Beyrouth les plus affectés par l’explosion du 4 août 2020, rouvrira ses portes. Laissée en ruines après la déflagration, cette institution familiale, dont les nougats au miel et les marguerites en chocolat ont fait les délices de plusieurs générations, a été presque entièrement retapée, du carrelage aux boiseries des fenêtres, en passant par les murs et le réseau électrique.

Le chantier a été conduit par l’ONG libanaise Baytna Baytak, l’une de ces organisations de la société civile qui, dans les semaines et les mois suivant la catastrophe, ont pallié l’absence quasi totale de l’Etat, paralysé par la double crise économique et politique qui frappe le pays du Cèdre. En douze mois, grâce à des financements de la diaspora libanaise et de la fondation française Architectes de l’urgence, l’ONG a mené plus d’un millier d’opérations de reconstruction, petites ou grandes, dans les secteurs longeant le port.

L’architecte Lea Ghorayeb, sur une pile de carrelage dans la chocolaterie que l’ONG Baytna Baytak, où elle travaille, est en train de reconstruire à Mar Mikhaël, à Beyrouth, le 1er août 2021.

Pas de vue d’ensemble sur les reconstructions

Difficile toutefois d’avoir une vue d’ensemble de ces travaux, de ce qui a été fait et surtout de ce qu’il reste à faire, dans les rues de Gemmayzé, mais aussi de Mar Mikhaël et de la Quarantaine. Ni les Nations unies ni l’armée libanaise, pourtant chargées de la supervision de l’effort de reconstruction, n’ont de statistiques récentes et précises. Les ONG à la manœuvre sur le terrain peinent à se coordonner. Certaines rechignent même à partager la liste de leurs interventions avec l’armée.

Lorsque l’on marche dans ces quartiers, on croise aussi bien des façades d’immeubles fraîchement repeintes et des magasins à la devanture flambant neuve que des habitations qui menacent de s’effondrer et des tas de gravats toujours pas évacués. L’axe formé par la rue Gouraud et la rue d’Arménie, qui ressemblait à une zone de guerre il y a un an, a repris des couleurs. Mais l’endroit, qui fut le haut lieu des nuits beyrouthines, est loin d’avoir retrouvé sa forme d’antan.

« Les clients reviennent peu à peu, mais ils viennent pour boire et oublier, confie Ahmed Mansour, barman sur cette immense “rue de la soif”. Oublier que leur salaire ne vaut plus rien, oublier que leurs économies sont prisonnières des banques et qu’ils ne peuvent pas voyager. » Le taux de change au marché noir entre la livre et le billet vert, qui oscillait autour de 9 000 livres pour un dollar en août 2020, frôle aujourd’hui la barre des 20 000 livres, le signe de l’effondrement ininterrompu de la monnaie nationale.

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