Au lendemain de ses annonces de moratoire sur la hausse des taxes et la hausse des tarifs de l’électricité et du gaz, Édouard Philippe est remonté à la tribune de l’Assemblée pour un débat sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d’achat, clos par un vote de pure forme puisque sa responsabilité n’était pas engagée. Dans ce discours, il a franchi un nouveau pas en direction des Gilets jaunes en précisant : « Je le dis ici, si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, nous n’appliquerons pas cette taxe. »

Et pour ajouter à la confusion du moment, l’Élysée est allé plus loin ce mercredi soir, en annonçant que la hausse n’était pas « différée » mais bien « annulée » pour 2019, alors qu’Édouard Philippe évoquait un possible retour dans la loi de finances rectificative au printemps…

Bronca générale

Le Premier ministre espère que d’ici là, le dialogue qui va s’ouvrir dès demain débouche sur des mesures d’accompagnement, pour amortir ces hausses pour les ménages les plus touchés. « D’ici six mois, nous devrons avoir proposé des solutions concrètes aux Français. » Et Édouard Philippe de citer en exemple la proposition de Xavier Bertrand d’une « prime exceptionnelle » versée par les entreprises volontaires et qu’il serait prêt à défiscaliser

Avec ce débat, Édouard Philippe voulait aussi lancer un « appel à la responsabilité » en direction de l’opposition pour qu’elle contribue avec lui au retour au calme. « Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes, citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent » a cru bon d’ajouter Édouard Philippe, soulevant une bronca sur les bancs de droite, comme de gauche !

De fait, son appel est tombé dans le vide. Le président du groupe LR, Christian Jacob, veut bien « tendre la main » mais à condition qu’Édouard Philippe annule tout de suite les augmentations de taxes carburant, les hausses de CSG pour les retraités et la désindexation des pensions.

Même rejet du côté du PS où Olivier Faure prévient : « Jamais nous ne pourrons accepter une discussion qui se limite à cibler la fiscalité écologique sans traiter de la question sociale. »

Jean-Luc Mélenchon, lui, se réjouit de voir le Gilet jaune devenir « le nouveau bonnet phrygien » et la France « entrer en insoumission générale contre un ordre injuste ». Pour le groupe communiste, Fabien Roussel demande « un moratoire sur la fermeture des services publics ».

Pour lui, « les Français ne sont pas contre l’impôt, ils sont pour un impôt juste et progressif ». Mais lui non plus n’appellera pas à ranger samedi les Gilets jaunes dans leur étui…

ISF, un débat vite refermé

Avec leur mouvement, les Gilets jaunes ont remis sur le tapis la question de la suppression de l’impôt sur la fortune, remplacé en 2018 par l’impôt sur la fortune immobilière appliqué sur les patrimoines, au-delà de 1,3 million d’euros.

Le but est de ne pas taxer l’argent investi dans les entreprises. Pour les Français mobilisés sur les ronds-points, cette réforme est le symbole d’une politique fiscale déséquilibrée en faveur des plus fortunés. L’argument était même en train de faire école au sein de la majorité. C’est ce qui a conduit Emmanuel Macron à recadrer, dans le huis clos du Conseil des ministres, ceux qui s’étaient risqués sur ce terrain glissant.

Hier matin, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, n’excluait pourtant pas un retour en arrière si l’évaluation prévue l’année prochaine montre l’inefficacité et l’absence du « ruissellement » attendu sur l’économie !

Une ministre, Marlène Schiappa, avait même cru bon annoncer un possible retour de l’ISF ! Dans l’après-midi, le Premier ministre disait, lui, ne pas craindre le débat à venir sur l’efficacité de la réforme. « Ce débat est nécessaire, il aura lieu. » Mais il ne fait pas de doute pour lui que les résultats de l’évaluation plaideront pour le maintien de la réforme.

H. F.

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